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Yoann Ximenes

 

Dieu dit : « Que la lumière soit ! Et la lumière fut. ». Nous reconnaissons là le célèbre « Fiat Lux », l’un des exemples les plus illustres de performativité. Selon la légende, cette formule reflète à la fois ce que peut engendrer une parole sur le monde et, en parallèle, illustre le phénomène vibratoire relatif à la création du monde, d’un point de vue plus rationnel.

L’objectif de ma démarche est de repenser le processus performatif par le biais de la création artistique. Il s’agira alors d’opérer un retour critique sur la notion de performativité, développée par le philosophe John Langshaw Austin qui limite sa thèse au langage ordinaire du quotidien, mais surtout de l’extraire de son cadre purement linguistique afin de répondre à l’hypothèse que j’explore. Depuis les études d’Austin, réunies dans son livre Quand dire, c’est faire, nous connaissons la manière toute particulière dont le langage s’incorpore à l’action lorsque celui-ci s’éloigne de sa fonction représentationnelle. En ce sens, le langage n’est plus seulement un moyen de décrire la réalité, une manière de rendre compte des choses et des événements, tel un miroir discursif du monde. Depuis la définition de la notion de performativité, nous savons que le langage a le pouvoir d’intervenir sur le cours de la réalité en vue de la modifier. Il n’est plus seulement l’outil utilisé pour exprimer ou décrire la réalité telle qu’elle se présente. Dans le performatif le langage perd sa neutralité et, par la même, sa prétendue volonté à démêler le vrai du faux. Il devient alors façon d’agir sur le monde. Lorsqu’il est constatif le langage passe et la réalité reste. A l’inverse, lorsqu’il est performatif le langage passe et la réalité trépasse ; elle n’est plus vraiment celle qui existait avant que le langage ne la teinte.

 

Le projet artistique que je conduis est fondé sur cette hypothèse : le monde sonore réalise une action par le fait même de sa réalisation. Selon la force significative qu’elle véhicule au sein des civilisations, une parole est susceptible de modifier la réalité. Le domaine scientifique nous apprend qu’un son, savamment accordé, est en mesure d’agir sur la matière. Conformément à ce postulat, ma quête artistique consiste à explorer et à évaluer les réalités performées par l’acte sonore et vocal. En quelle mesure l’univers sonore façonne le monde et influence notre appréhension de la réalité ? Attaché à comprendre le « pouvoir des mots », remarquable outil visant à performer notre réalité, j’explore l’enjeu politique de leur manipulation. Au croisement des mondes sonore et visuel, j’étudie la transposition plastique d’éléments audio issus de l’actualité politico-sociale en des formes sculpturales et tracés graphiques. Mes oeuvres sont un prolongement physique du travail lié au langage

« Le monde a-t-il jamais été transformé autrement que par la pensée et son support magique : le mot ? »

Thomas Mann

 

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