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Kokou Ferdinand Makouvia

[vc_row][vc_column][rev_slider_vc alias= »Makouvia »][vc_column_text]Kokou Ferdinand Makouvia, la matière même

La détermination de Makouvia, dans sa récente trajectoire, est assez impressionnante. On peut certainement déjà parler d’oeuvre en ce qui concerne sa production, car elle est prolifique, diverse, et puissante.

Makouvia est un artiste hybride, il revendique son origine africaine, et il a embrassé les codes de l’art contemporain occidental : sa pièce “Akossiwa, le temps d’une routine”, pourrait parfaitement passer pour de l’art conceptuel, tandis que “Cargo” s’inscrirait aisément dans la tradition de l’Arte Povera. Mais ce n’est ni l’un ni l’autre, il ne joue pas à l’artiste conceptuel, ni à l’artiste poveriste. Il joue sa carte, comme il le dit, carte aux motifs entremêlés, sur lesquels se distinguent des codes à la fois de l’origine, de l’apprentissage, et de l’École des Beaux-Arts à l’occidentale. De ses codes Makouvia est en train de proposer une synthèse, du grec sunthesis, « réunion ». Synthèses de couleurs et de matières, synthèses de techniques et de savoirs. Il est commun de dire que la synthèse s’oppose à l’analyse, car l’analyse scinde les constituants, tandis que la synthèse les associe. Il semble que, comme tout artiste, Makouvia n’ait pas besoin d’analyser, car il connaît déjà les choses, ou, à tout le moins, certaines choses. Et c’est pourquoi il n’a plus qu’à les associer, à les réunir (synthèse). On pourrait donc dire que certaines œuvres makouviennes sont des documents de synthèses artistiques, qui posent des choses, comme on dit. Force est donc de constater la diversité du vocabulaire makouvien. Intensité des vocables apparaissants ; cequi nous parle est une langue en cours d’élaboration, car je suppose que Makouvia n’en est qu’au début de son alphabet plastique et sémiologique (chaque pièce signifie en elle-même et davantage qu’elle-même).

Les sculptures commencent à parler dans leur pose même. Mais en sus de cette pose, il y a donc cette matière qui été travaillée, et qui, justement, ne pose pas. Makouvia a une façon d’appréhender la matière que je cherche à qualifier mais dont l’adjectif m’échappe. Il prend la matière à bras-le-corps, comme un lutteur se saisit de son adversaire. Sauf que la matière n’est pas l’adverse de Makouvia, mais sa partenaire, sa négociante ; sa patiente. Des deux côtés, ressortit une évidence : la force. La matière sculptée témoigne de l’activité physique du corps de Makouvia et semble dire : “j’ai résisté, et je suis là” ; comme si l’activité musculaire, littéralement, devenait alliage propre à la sculpture. D’où la tenue des pièces. Ceci dit, il ne faudrait pas, surtout pas, subsumer ces sculptures sous le seul concept de force, ou de performance (le résultat). Il ne s’agit pas d’une démonstration de foire. Mais il faut bien cependant signaler cette force objectale.

De fait, et sans jeu de mot redondant, l’oeuvre de Makouvia est très forte. Disons que l’on sent une force dans chacune de ses pièces ; une force qui se distribue selon les matériaux utilisés, selon les angles choisis, selon les formes. Si, dans l’entretien qu’il nous a accordé, Makouvia acquiesce au mot « négociation », c’est parce qu’il s’agit bien de cela. Il fait parler la matière : « c’est une sorte de discussion en fait ; je laisse la matière travailler, et souvent c’est une sorte de “OK! je ne peux pas me mettre dans cette position, mets moi plutôt comme ça”, donc je dis “Ah OK! oui monsieur, je t’écoute” ». Il faut prendre très au sérieux ce genre d’anecdote, car effectivement, les choses ne sont pas inertes ; elles interagissent avec nous, et bien davantage encore quand on les manipule. Et la sculpture, essentiellement, est exactement le lieu de cette interaction avec la matière, au plus près, au plus proche… du corps. Du corps du matériau et du corps de l’artiste ; jusqu’à la fusion analogique : quand Makouvia nous dit que la chambre à air, c’est une « peau ». À voir la pièce ‘Cargo’, on peut se demander si cette peau ne symboliserait pas une certaine condition humaine, celle d’une peau devenue objet, une identité non rermarquable ? « La vérité n’est pas là ; la vérité ne se trouve que… sur la peau », dit-il. En même temps, Makouvia ajoute que ce qui l’intéresse, c’est aussi ce qui se trouve à l’intérieur, sous les revêtements ; et ce qu’ils supportent. C’est une affaire de structures. Ainsi, on pourrait très bien voir la sculpture ‘When I make form’ comme une sorte de grande cage thoracique désaxée, devenant une sorte de plante, de fleur, par exemple. Mais là encore, la carte anthropomorphique ne marche pas à tout coup. Comment appréhender ‘Adjogbo’ ou encore la pièce ‘Sans-titre’ ? Les oeuvres de Makouvia semblent refléter ses propres préoccupations, les questions qu’il se pose. De fait, nous, les regardeurs, nous posons aussi des questions face à ses oeuvres. Et il est intéressant d’expériencer ce questionnement, car cela nous change de l’évidence. Ce questionnement touche autant le caractère performatif des oeuvres (comment c’est fait ? Comment ça tient ?) que leur aspect métaphysique : comment les interpréter ?

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