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José Man Lius

[vc_row][vc_column][rev_slider_vc alias= »José »][vc_column_text]José Man Lius

crédit : rédaction

Barbara Marshall, écrivain-e

Grigoriï Manucharyan, traducteur

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De peau à peau
Cuir contre peau

La peau nous contient tout entier de par son rôle d’enveloppe organe (le sens du toucher), nous définissant aussi bien en tant qu’entité biologique autonome qu’en tant qu’identité perçue du dehors. Elle est à la fois notre contenant et notre dernière frontière avec le monde extérieur qu’elle délimite. Le paradoxe de cette surface qui nous offre ses contours se situe par conséquent entre le regard que les autres lui portent et ce qu’elle montre de soi, parfois malgré soi. La peau vit sa propre existence, mouvance de l’organique et de la perception par de multiples interactions, mais elle peut aussi s’afficher par une forme de réintégration corporelle, une réappropriation en quelque sorte, que celle-ci soit volontaire (tatouage, piercing etc.) ou subie (marquage du bétail, identité ethnique etc.).Dans l’Histoire de l’Art, elle occupe toujours une place originale :
Des autoportraits de Michel Ange réalisés pour la chapelle Sixtine tout comme St Barthélemy tenant sa propre peau, les écorchés de Rembrandt, la Peau de chagrin de Balzac en passant notamment par les Self-hybridations d’Orlan, les Peaux de feuille et Empreintes de corps de Giuseppe Penone jusqu’aux écorces interactives de Scenocosme. Ce foisonnement artistique autour de la frontière entre la chair et le monde, confirme cette idée de Paul Valéry :
« Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est sa peau. »José Man Lius, à la fois plasticien, vidéaste, performeur et photographe d’origine caribéenne, en décloisonnant et en superposant les modes d’expression artistique, explore, revisite la richesse de ce thème pour aboutir à un point de vue hybride nourri non seulement par l’Histoire des Antilles, mais aussi par une identité culturelle plurielle. De ce métissage constitutif et technique des œuvres naît un regard unique, parfois critique et paradoxal, souvent emprunt de poésie, qui questionne la place de cette surface particulière dans un monde globalisé. Son travail aborde ce thème suivant trois axes : la scarification, le corset social et les inter/faces.

 

Scarification ou la lutte entre le biologique et l’artifice.

Le projet Bio vs OGM questionne sur l’évolution de la consommation de produits alimentaires à grande échelle, tout en renvoyant aux pratiques ancestrales de certaines ethnies africaines, notamment les scarifications chez les Moose du Ghana ou dans d’autres ethnies du Burkina Faso.

La méthode utilisée pour ce travail consiste à scarifier la surface des pommes suivant des tracés variés puis à les laisser mûrir. Or les conservateurs utilisés sur ces fruits perturbent radicalement le processus de putréfaction naturel.

La métamorphose opérant durant leur processus de vieillissement rend la texture des pommes semblable à un cuir. Cette nouvelle peaudevient porteuse de paradoxes : Prolongement de vie artificiel ou  stase éternelle ? Inerte ou organique ?

L’installation Bio vs OGM, avec ses pommes transformées et alignées, nous saisit d’une perception globale et singulière. Figées, les enveloppes des fruits mutent en lieux de mémoires et de stigmates ; elles témoignent de la communauté et de la diversité des individus.

Un dialogue muet s’instaure ainsi entre nature, culture et artifice. Ces pommes nous interrogent non seulement sur les limites de chacun et sur le groupe en tant qu’entité, mais aussi sur la place du biologique dans le monde de demain.

Corset social
ou le marquage du corps.

Le Corset social évoque les influences extérieures qui estampillent les peaux aussi bien que les esprits, dans un monde où les «marques» commerciales n’ont jamais été aussi présentes. Qu’est-ce que le marquage si ce n’est une tentative de signature, et par conséquent d’appropriation ?

La réalisation de ce projet repose sur le traitement numérique de photographies de peaux nues avec de motifs de cuirs de Cordoue qui sont détournés en graphismes, non sans évoquer le tatouage virtuel.

C’est la juxtaposition des « marquages » qui procure au corps une identité sociale. Dans cette démarche artistique, la confluence des représentations révèle au regard une peau habituellement cachée : le Corset social. Que la peau soit embossée, tatouée, agrafée ou balafrée, le rôle qu’elle tient ici est bien celui du masque ou du vêtement. La neutralité de la nudité et l’illusion de l’intime n’existent plus.

La surface des corps porte, à l’instar des tenues vestimentaires, une complexité historique et sociale, tandis que le code barre devient le paradigme universel et se fait l’écho de la mondialisation. Même la figure allégorique des valeurs humanistes, l’Homme de Vitruve, est détournée, et symbolise alors le marquage d’une certification, d’un standard, d’une norme dans la marchandisation de l’humain. La superposition des violences subies lors de la formation du Corset social, crée une nouvelle esthétique qui raconte l’individu malgré les épreuves du formatage de masse.

Scarification or the struggle between the organic and the artificial.

Whilst referring to the ancient practices of African ethnic groups, in particular to the scarifications in the Moose of Ghana or other ethnicities of Burkina Faso, the project entitled Organic vs. GMO interrogates the evolution of food consumption at a large-scale.

The method, used in the context of this project, embodies the scarring process of apples’ various texture patterns. Afterwards, apples are left to ripen. However, the preservatives applied on this fruit radically interfere with the process of natural putrefaction.

The metamorphosis that occurs during their aging process makes the apple texture similar to leather. This new skin becomes a carrier of paradoxes, such as: extension of artificial life or eternal stasis? Inert or organic?

The Organic vs. GMO installation and those newly transformed and aligned apples seize us into a global, singular perception. Motionless, the fruit envelopes mutate into loci of memories and stigmas. They are testifying about communities and of the diversity of individual people.

 

 

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