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Halida Bourghriet, une révélation

Mémoire dans l’oubli, Halida Boughriet (détail)

Dans l’interprétation artistique 50 ans de réflexion, les œuvres de Halida Boughriet occupent tout l’espace d’exposition du rez-de-chaussée. C’est la première exposition personnelle de cette artiste qui tisse une œuvre militante et toute en finesse, à découvrir absolument ! Deux grandes photographies, tirées de son travail Mémoire de l’oubli – présentées récemment à l’IMA (Le corps découvert) – accueillent le spectateur. Chacune immortalise une figure féminine de la résistance algérienne, en costume traditionnel, allongée dans un salon traditionnel oriental. Dans cette représentation ironique et lascive, elles nous fixent, telles des odalisques d’un autre âge, éternelles icônes d’un passé fantasmé. Et pourtant ce regard bien perçant qui scrute l’objectif semble se jouer de cette forme de travestissement et affirmer une autre réalité, en disant la dureté des combats passés et à venir pour les femmes algériennes.

Territoires hybride, Halida Boughriet (détail)

Territoires hybride, Halida Boughriet (détail)

Puis Territoire hybride “plonge le visiteur dans un contraste frappant entre les halls d’Alger et les halls d’Ile de France”. Regards croisés entre des entrées de riches immeubles haussmanniens vides et de sordides cages d’escaliers HLM, on ne sait plus vraiment où l’on est.. Cette confusion règne également dans le mode de présentation très particulier de cette deuxième partie de l’exposition : Halida Boughriet a imaginé un dispositif ingénieux en présentant ses photographies suspendues dans l’espace. Elles s’animent comme par magie, en jouant avec les reflets des visiteurs glissant sur les grandes plaques de plexiglas, qui enserrent les tirages translucides. Composant avec la semi-obscurité naturelle des clichés, des tubes de néon posés au sol viennent également mettre en lumière et souligner ces espaces aux décors baroques et cérémonieux. Comment rajouter des fulgurances lumineuses à des photographies, sans effets spéciaux ni ajout numérique, il fallait oser… Et l’effet est envoutant !!

Enfin dans une petite salle tendue de noir, Videobox, cinq courtes vidéos de Halida Bougrhiet viennent clore – et ouvrir – l’exposition sur des performances en pleine rue (Action, 2004), dans le métro (Les Illuminés, 2007), et présentent des montages son/image tout en paradoxes et oxymores…  Le thème du nikhab (voile intégral) et du regard de l’autre, le désir du contact physique dans un lieu public pour les deux premières vidéos cités,  la fermeture des frontières entre l’Europe et l’Afrique (Transit, 2011) et les frustrations qu’elles entrainent sont autant de sujets que la jeune artiste traite avec brio et décalage. Les sièges en bois africain qui massent et tonifie le dos sont une raison supplémentaire pour aller se poser un moment devant l’écran !

 

L’article est paru sur lapartmanquante

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