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Biennale d’Issy 2017

63 artistes investissent les salles du Musée Français de la Carte à Jouer d’Issy-les-Moulineaux autour de la thématique Paysages, pas si sages, inspirée d’une citation du philosophe Merleau-Ponty : « L’artiste fabrique un spectacle qui se suffit. »

 

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Quel regard portent les artistes sur le paysage qui nous entoure ? Contrairement à leurs aînés des grands courants picturaux(classique, baroque, romantique, réaliste, impressionniste…) qui se sont passionnés pour le paysage, les plasticiens contemporains ne l’abordent plus seulement pour l’idéaliser ou le traduire. Les artistes de la Biennale d’Issy nous livrent leur vision du monde et de son évolution avec lucidité, de manière parfois engagée ou encore teintée d’humour. En
photographie, peinture, sculpture, dessin ou vidéo, ils s’attachent aussi bien aux aspects les plus alarmants de l’intervention humaine sur Terre qu’à l’évocation de la majesté et de la puissante beauté de la nature.paysages, pas si sages | 13 septembre – 12 novembre 2017

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Sous la conduite de sa présidente,  Chantal Mennesson, la Biennale d’Issy réunit une soixantaine d’artistes qui tous, reconnus ou moins connus du grand public, s’emparent d’un même thème pour investir les salles du Musée Français de la Carte à Jouer et des Médiathèques d’Issy-les-Moulineaux. Parmi ces 63 artistes, la moitié d’entre eux ont été choisis dans le cadre de l’appel à candidatures lancé autour du thème Paysages, pas si sages, l’autre étant des artistes directement invités à présenter une oeuvre s’inscrivant dans la thématique ou faisant partie de collections privées.

En peinture, la question environnementale est de mise avec  Régis Rizzo et ses lycaons de la savane africaine sur fond de paysage industriel,  Cristina Ruiz Guiñazú et son ange assoupi au sol d’un vaste désert s’étendant à l’infini, ou  Pierre Monestier et ses étranges quadrupèdes à gueule de canon décimant une armée sans armes. Vibrant hommage à la puissance de la nature,  François Bard présente un roc inamovible et, dans une réflexion sur le réchauffement climatique lié à la pollution,  Rubén Fuentes peint des étendues montagneuses dont les cimes prennent la forme de silhouettes d’anciennes déesses précolombiennes.

Coloriste hors pair, à nouveau investi dans la peinture à l’huile depuis une quinzaine d’années,  Nils-Udo continue de traduire la force créative de la nature. Dans une architecture sans vie,  Anselm Kiefer mêle à son geste des vagues de mots qui disent aussi bien l’étroitesse et l’étendue, la terre et ses frontières, le souffle et le grand large. Avec ses intérieurs ouverts,  Beatriz Guzman Catena s’intéresse à l’espace et ce qu’il contient, alors que  Solène Ortoli épure jusqu’au symbole la forme de ses architectures qui abritent les scènes au contraire très réalistes qu’elle y installe.

Robert Combas nous offre une Promenade campagnarde datant de 1986,  François Boisrond une vue de montagne au volant de sa voiture.

Jacques Chauchat s’intéresse pour sa part aux foules massées le long des routes sinueuses du Tour de France. Avec ses Maisons roses,  Joël Brisse dépeint les troupeaux grégaires de lotissements aux abords des villages. Alors que  Thierry Diers peint la dislocation des drapeaux, des discours, des territoires et des peuples, d’autres s’attaquent à des paysages moins abstraits, comme les moissons languedociennes de  Vincent Bioulès, les grands arbres printaniers de  Malgorzata Paszko, les cactus envahissants d’ Emma Tandy,

les forêts de bouleaux figés par le givre se reflétant dans un lac gelé de  Stéphane Erouane Dumas, la végétation exubérante de Frédéric Oudrix, les ruches de  Florence Reymond, le personnage gisant sous des éléments déchaînés de  Guy Ferrer, ou encore la main paysage de  Jörg Langhans. Enfin,  Nicolas Kuligowski reprend les caractéristiques de la représentation photographique : le grain seconvertit en point d’acrylique, les contrastes sont de l’ordre de l’empreinte, et la suggestion de la forme prime sur le détail.

Avec le dessin,  Delphine Moniez conçoit sa pratique artistique comme un voyage immobile constitué de fragments de paysages qui oscillent entre le naturel et l’artificiel, tandis que  Nurhidayat l’aborde comme un aller au coeur de nos angoisses et de nos rêves.

Avec ses images apparemment banales de rideaux de fer métalliques baissés,  Justin Weiler écrit des partitions où les notes s’avèrent être des impacts de balles, une musique qui se révèle douloureuse témoignant du lourd passé de la guerre civile au Liban. Convoquant l’invisible,  Sophie Dupré dessine, elle, avec les plis de feuilles de papiers de soie qu’elle fige dans la colle.

Pour fixer la fragilité de l’instant,  Tomasz Kaniowski associe un lieu à des visages dans des binômes à l’aquarelle et au stylo.  ThibautLaurent imagine des abris et des constructions temporaires qu’il réalise au fusain, des campements qui renvoient à la “jungle” de Calais comme aux cabanes de l’enfance. Avec ambivalence, les aquarelles de  Jean-Michel Alberola inspirent la quiétude de scènes champêtres alors que nous sommes face à la désolation du camp de Birkenau, où la nature finit par recouvrir la voie ferrée et ronger les baraquements. Artiste engagé, sensible aux nombreuses situations de détresse en Afrique et dans le monde,  Barthélémy Toguo nous livre un grand paysage en forme d’ultimatum, dont la douceur du traitement à l’aquarelle tranche avec son sujet : deux mains levées, comme en joue, face à l’obstination de l’humanité à s’autodétruire, en une oeuvre intitulée Jugement dernier.

Pour ouvrir cette 12e édition de la Biennale, et à l’occasion des Journées du Patrimoine,
la ville d’Issy-les-Moulineaux invite le plasticien  JR à intervenir le samedi 16 septembre avec son projet Inside Out : un camion photomaton permettant à chacun de venir se photographier

pour créer une grande fresque à partir de tous les portraits réalisés. En 2017, la Biennale offre ainsi aux Isséens, aux Parisiens, ainsi qu’à tous les publics, l’opportunité de prendre part à une oeuvre collective et participative qui offrira un grand paysage de visages.

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Avec la photographie, il est autant question de contrées lointaines que de paysages parfois tout proches et pourtant insoupçonnés.

Traqueur d’orages,  Basile Ducournau parcourt le Nouveau-Mexique pour capter le moment précis ou  la foudre tombe parfaitement dans l’axe d’une route qui s’éloigne en direction de l’horizon.  Jean-Christophe Ballot dévoile une Afrique où les animaux des grands parcs sont devenus des sculptures, où la ville est parcourue par des signes, des affiches et des bouteilles géantes. L’histoire d’uneAfrique où la richesse et le luxe côtoient la pauvreté des townships. Du Yémen,  Anne de Henning rapporte des vues de champs de Qat dont la feuille est mâchée par les yéménites du matin au soir pour ses propriétés stimulantes proches de celles de la feuille de coca.

Au-delà de la beauté acidulée de ces champs, l’artiste dénonce le fait que cette production tend à se substituer aux cultures traditionnelles et que des enfants commencent à mâcher les feuilles qu’ils y ramassent. A Beyrouth, le street artiste  Anoy a photographié ses fresques réalisées sur des murs dont les anfractuosités provoquées par les tirs deviennent des nids d’oiseaux.

Karin Crona parcourt la banlieue parisienne en RER pour y collecter des images de structures urbaines parfois vidées de sens et dans lesquelles elle s’ingénie à importer un peu de désir, révélant un monde sans utopie où on est libre d’apprécier le présent sans artifice.

Avec sa taupe géante surgissant d’un crassier de Saint-Etienne,  Ghyslain Bertholon interpelle l’histoire industrielle et minière de cette ville ainsi que ses perspectives d’avenir. En s’intéressant au jeu de formes entre le paysage créé par l’homme et l’homme conditionné

par l’environnement,  Ludivine Large-Bessette pousse le corps humain à ses limites en plaçant le corps d’un danseur dans les neiges de la campagne finlandaise. Tandis que  Nathalie Chamblas se passionne pour l’au-delà de l’image,  Pauline Le Pichon fixe ses personnages dans leur environnement quotidien en y ajoutant des sous-titres pour questionner l’avant et l’après de chaque image.

Avec ses Paysages nucléaires présentés en diptyques,  Jean-Pierre Attal met en perspective un avenir nucléaire incertain avec d’un côté une usine implantée dans son environnement naturel, de l’autre le même site dépourvu d’installation humaine. Influencé par le manifeste du tiers paysage de Gilles Clément,  Yann Monel photographie quant à lui des lieux délaissés par l’homme où la nature est encore en totale liberté.  Alexandra Serrano s’approprie les sous-bois en y construisant des cachettes secrètes dans une réflexion sur le devenir des forêts primaires.  Brigitte Sillard aborde la question du changement climatique avec ses images de palétuviers qui dépérissent dans des mangroves menacées par la montée des eaux.

D’autres artistes utilisent des supports ou des médiums moins attendus, comme  Chaix dont les oeuvres sont exclusivement composées d’étiquettes de fruits et légumes subtilisées au rayon frais des supermarchés,  Olivier Julia dessinant avec le feu sur du cuivre, ou  Anna Kache qui coud des mots à la laine sur ses photographies.

En vidéo,  Dorothy Shoes réalise des plans presque fixes où des mouettes donnent à Levallois-

Perret un air de cité portuaire. Depuis 13 ans,  France Bizot observe la mutation de l’île Seguin du Pont de Sèvres. Dans un dialogue entre l’art contemporain et sa mise en perspective avec l’histoire de l’art,  Eric Vassal anime une oeuvre du XVIIe siècle de Joos de Momper, Grand paysage de montagne. Avec ses matte paintings – procédé cinématographique qui consiste à peindre un décor ou un paysage en y laissant des espaces vides dans lesquels des scènes filmées sont incorporées –,  Michaël Jourdet expose des peintures au moyen de la vidéo.

Avec la sculpture et les installations, les artistes explorent aussi bien la transformation de la matière que l’évocation de la nature.  Isabelle Terrisse crée des nids d’abeilles dont les alvéoles sont composées de douilles de 22 long rifle.  Florence de Ponthaud-Neyrat change des branches en bronze selon la technique des bois brûlés, tandis que  Francis Arsène présente un épouvantail en zinc.  Ana Maria Lozano Rivera explore l’interaction entre les êtres organiques et la matière.

Ariane de Briey tisse et brode des arbres dans la transparence du voile de coton.  Philippe Desloubières plante une grande Germination devant l’hôtel de ville d’Issy-les-Moulineaux. Léa Dumayet arpente les plages de l’Atlantique et y collecte les capsules d’oeufs de raie et les os de seiche de ses installations. Pour dénoncer l’apparition d’un 8e continent,  Caroline Secq compose des tableaux avec des objets et des sacs plastiques rejetés par la mer qu’elle récolte sur les plages. Détournant la vaisselle jetable en plastique – ici de simples tirettes à cornichon – Christophe Dalecki donne naissance à de grands bouquets d’ombres et de lumière verte. Enfin,  Yoann Ximenes nous invite à parcourir les montagnes cernant laville de Jérusalem dans un paysage en lévitation peint sur films transparents et construit selon les spectres sonores des citations “Etat d’Israël” (David Ben Gourion) et “Etat de Palestine”

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Musée Français de la Carte à Jouer
16 rue Auguste Gervais 92130 Issy-les-Moulineaux
entrée : 5,05 € | 3,80 € | gratuit – de 26 ans
tous les jours sauf lundis, mardis, jours fériés
mer-ven : 11h – 17h | sam-dim : 14h – 18h
Médiathèques Centre-Ville et Chartreux
33 rue du gouv. général Eboué | 2 rue du Clos-Munier
92130 Issy-les-Moulineaux
entrée libre tous les jours sauf lundis et jours fériés
mar : 13h – 21h (19h aux Chartreux) | mer : 10h – 19h |
jeu-ven : 13h – 19h | sam-dim : 10h30 – 18h
Métro : Mairie d’Issy (ligne 12)
Bus : 123, 126, 169, 189, 190, 289, 290, 323, Tuvim
Tram : Val-de-Seine (ligne 2) | RER : Val-de-Seine (ligne C)

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